Mon commentaire du livre de George Orwell : « 1984 » :

Ce roman écrit par George Orwell en 1948 est d’une vision réaliste surprenante, d’autant plus pour l’époque (ayant peu de recul historique).
Un roman, certes, mais avant tout une description précise du système TOTALITAIRE.
Ce roman se projette en… 1984 et analyse un pouvoir, Big Brother, qui veut créer un régime Totalitaire le plus jusqu’au-boutiste, le plus monstrueux et le plus inhumain qui n’ait jamais existé.

Dans ce monde Totalitaire décrit par George Orwell, l’État va jusqu’à changer le langage, afin de mieux conditionner les esprits. Ce langage est nommé : Novlangue (appendice pages 395 et 396) :
« Le but du novlangue était, non seulement de fournir un mode d’expression aux idées générales et aux habitudes mentales des dévots de l’angsoc, mais de rendre impossible tout autre mode de pensée.
(…) Le vocabulaire du novlangue était construit de telle sorte qu’il pût fournir une expression exacte, et souvent très nuancée, aux idées qu’un membre du Parti pouvait, à juste titre, désirer communiquer. Mais il excluait toutes les autres idées et même les possibilités d’y arriver par des méthodes indirectes. L’invention de mots nouveaux, l’élimination surtout des mots indésirables, la suppression dans les mots restants de toute signification secondaire, quelle qu’elle fût, contribuaient à ce résultat.
Ainsi le mot libre existait encore en novlangue, mais ne pouvait être employé que dans des phrases comme « le chemin est libre ». Il ne pouvait être employé dans le sens ancien de « liberté politique » ou de « liberté intellectuelle ». Les libertés politique et intellectuelle n’existaient en effet plus, même sous forme de concept. Elles n’avaient donc nécessairement pas de nom.
(…) Le novlangue était destiné, non à étendre, mais à diminuer le domaine de la pensée, et la réduction au minimum du choix des mots aidait indirectement à atteindre ce but. »
D’ailleurs, dans ce monde Totalitaire les trois grands slogans abrutissants du Parti, sont :
« LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTÉ C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE ».
Ce processus de conditionnement par le Novlangue est complété par celui que, George Orwell, nomme : la doublepensée (pages 284 et 285) :
« La doublepensée est le pouvoir de garder à l’esprit simultanément deux croyances contradictoires, et de les accepter toutes deux. Un intellectuel du Parti sait dans quel sens ses souvenirs doivent être modifiés. Il sait, par conséquent, qu’il joue avec la réalité, mais, par l’exercice de la doublepensée, il se persuade que la réalité n’est pas violée. Le processus doit être conscient, autrement il ne pourrait être réalisé avec une précision suffisante, mais il doit aussi être inconscient. Sinon, il apporterait avec lui une impression de falsification et, partant, de culpabilité.
La doublepensée se place au cœur même de l’Angsoc, puisque l’acte essentiel du Parti est d’employer la duperie consciente, tout en retenant la fermeté d’intention qui va de pair avec l’honnêteté véritable. Dire des mensonges délibérés tout en y croyant sincèrement, oublier tous les faits devenus gênants puis, lorsque c’est nécessaire, les tirer de l’oubli pour seulement le laps de temps utile, nier l’existence d’une réalité objective alors qu’on tient compte de la réalité qu’on nie, tout cela est d’une indispensable nécessité.
Pour se servir même du mot doublepensée, il est nécessaire d’user de la dualité de la pensée, car employer le mot, c’est admettre que l’on modifie la réalité. Par un nouvel acte de doublepensée, on efface cette connaissance, et ainsi de suite indéfiniment, avec le mensonge toujours en avance d’un bond sur la vérité.
Enfin, c’est par le moyen de la doublepensée que le Parti a pu et, pour autant que nous le sachions, pourra, pendant des milliers d’années, arrêter le cours de l’Histoire ».
Ce livre restitue parfaitement : l’ambiance malsaine, le cynisme, la peur, la Terreur, l’horreur, la soumission obligatoire… de toute une société qui subit l’emprise Totalitaire. Les dates, les noms, les lieux sont différents, mais : les termes, les faits, les méthodes et les différentes étapes sont les mêmes. Tout y est, tout décrit le régime Totalitaire Communiste, page 17 :

« Ce qu’il allait commencer, c’était son journal. Ce n’était pas illégal (rien n’était illégal, puisqu’il n’y avait plus de lois), mais s’il était découvert, il serait, sans aucun doute, puni de mort ou de vingt-cinq ans au moins de travaux forcés dans un camp ».

De plus, la description de la façon de procéder lors des rafles et des arrestations arbitraires est présentée très exactement et très précisément, pages 31 et 32 :

« C’était toujours la nuit. Les arrestations avaient invariablement lieu la nuit. Il y avait le brusque sursaut du réveil, la main rude qui secoue l’épaule, les lumières qui éblouissent, le cercle de visages durs autour du lit. Dans la grande majorité des cas, il n’y avait pas de procès, pas de déclaration d’arrestation. Des gens disparaissaient, simplement, toujours pendant la nuit. Leurs noms étaient supprimés des registres, tout souvenir de leurs actes était effacé, leur existence était niée, puis oubliée. Ils étaient abolis, rendus au néant. « Vaporisés », comme on disait ».

Et aussi, page 137 :

« C’était toujours la nuit qu’ils venaient vous prendre. Toujours la nuit ! La seule chose à faire était de se tuer avant. Sans doute, quelques personnes le faisaient. Beaucoup de disparitions étaient réellement des suicides. Mais il fallait un courage désespéré pour se tuer dans un monde où on ne pouvait se procurer ni arme à feu, ni poison rapide et sûr. Il pensa avec une sorte d’étonnement à l’inutilité biologique de la souffrance et de la frayeur, à la perfidie du corps humain qui toujours se fige et devient inerte à l’instant précis où un effort spécial est nécessaire ».

Un autre procédé propre au régime Totalitaire Communiste est particulièrement bien explicité : il s’agit de la fausse confession obligatoire avant d’être exécuté ou déporté en camps de concentration, page 138 :

« Etre tué était ce à quoi on s’attendait. Mais avant la mort, (personne n’en parlait, mais tout le monde le savait), il fallait passer par l’habituelle routine de la confession : ramper sur le sol en criant grâce, sentir le craquement des os que l’on brise, des dents que l’on émiette et des touffes de cheveux sanguinolents que l’on vous arrache. Pourquoi devait-on supporter cela, puisque la fin était toujours la même ? Pourquoi n’était-il pas possible de supprimer de sa vie quelques jours, ou quelques semaines ? Personne n’échappait à la surveillance et personne ne manquait de se confesser. Lorsqu’on avait une fois succombé au crime par la pensée, on pouvait être certain qu’à une date donnée on serait mort. Pourquoi cette horreur, qui ne changeait rien, devait-elle être comprise dans l’avenir ? ».

George Orwell évoque également la mise en scène des faux procès truqués, types procès de Moscou sous Staline en 1936, avant la Grande Terreur de 1937 – 1938, dont l’objectif était de faire avouer publiquement n’importe quelle faute aberrante à n’importe qui, uniquement pour « justifier » son exécution, page 336 :

« Plus tard, au XXe siècle, il y eut les totalitaires, comme on les appelait. C’étaient les nazis germains et les communistes russes. Les Russes persécutèrent l’hérésie plus cruellement que ne l’avait fait l’Inquisition, et ils crurent que les fautes du passé les avaient instruits. Ils savaient, en tout cas, que l’on ne doit pas faire des martyrs. Avant d’exposer les victimes dans les procès publics, ils détruisaient délibérément leur dignité. Ils les aplatissaient par la torture et la solitude jusqu’à ce qu’ils fussent des êtres misérables, rampants et méprisables, qui confessaient tout ce qu’on leur mettait à la bouche, qui se couvraient eux-mêmes d’injures, se mettaient à couvert en s’accusant mutuellement, demandaient grâce en pleurnichant ».

Le mensonge, la propagande (l’Agitprop) représentaient les fondements servant à asservir la population Russe par l’IDEOLOGIE de la « lutte des classes » et de la « dictature du prolétariat », page 100 :

« Les garder sous contrôle n’était pas difficile. Quelques agents de la Police de la Pensée circulaient constamment parmi eux, répandaient de fausses rumeurs, notaient et éliminaient les quelques individus qui étaient susceptibles de devenir dangereux.
On n’essayait pourtant pas de les endoctriner avec l’idéologie du Parti. Il n’était pas désirable que les prolétaires puissent avoir des sentiments politiques profonds. Tout ce qu’on leur demandait, c’était un patriotisme primitif auquel on pouvait faire appel chaque fois qu’il était nécessaire de leur faire accepter plus d’heures de travail ou des rations plus réduites. Ainsi, même quand ils se fâchaient, comme ils le faisaient parfois, leur mécontentement ne menait nulle part car il n’était pas soutenu par des idées générales. Ils ne pouvaient le concentrer que sur des griefs personnels et sans importance. Les maux plus grands échappaient invariablement à leur attention ».

Puis l’auteur décortique l’aboutissement suprême de l’inhumanité, que Big Brother veut atteindre en remodelant totalement la Pensée du prisonnier à sa volonté, en imposant de force sa PENSEE UNIQUE OBLIGATOIRE. Un schéma Totalitaire encore plus « perfectionné », plus « abouti », plus « pur », bref, plus immonde que le Totalitarisme Communiste (si cela est possible !), pages 337 et 338 :

« Est-ce que je ne viens pas de vous dire que nous sommes différents des persécuteurs du passé ? Nous ne nous contentons pas d’une obéissance négative, ni même de la plus abjecte soumission. Quand, finalement, vous vous rendez à nous, ce doit être de votre propre volonté. Nous ne détruisons pas l’hérétique parce qu’il nous résiste. Tant qu’il nous résiste, nous ne le détruisons jamais. Nous le convertissons. Nous captons son âme, nous lui donnons une autre forme. Nous lui enlevons et brûlons tout mal et toute illusion. Nous l’amenons à nous, pas seulement en apparence, mais réellement, de coeur et d’âme. Avant de le tuer, nous en faisons un des nôtres. Il nous est intolérable qu’une pensée erronée puisse exister quelque part dans le monde, quelque secrète et impuissante qu’elle puisse être. Nous ne pouvons permettre aucun écart, même à celui qui est sur le point de mourir. Anciennement, l’hérétique qui marchait au bûcher était encore un hérétique, il proclamait son hérésie, il exultait en elle. La victime des épurations russes elle-même pouvait porter la rébellion enfermée dans son cerveau tandis qu’il descendait l’escalier, dans l’attente de la balle. Nous, nous rendons le cerveau parfait avant de le faire éclater. Le commandement des anciens despotismes était : « Tu ne dois pas. » Le commandement des totalitaires était : « Tu dois. » Notre commandement est : « Tu es. » Aucun de ceux que nous amenons ici ne se dresse plus jamais contre nous. Tous sont entièrement lavés ».

A travers l’objectif ultime du délire Totalitaire, George Orwell dénonce la détermination sans failles de la folie CONSCIENTE des Dictateurs Totalitaires.
L’auteur démasque l’évidente réalité du véritable et unique objectif du Dictateur Totalitaire, qui est de conquérir et de conserver : le POUVOIR par TOUS les moyens, page 348 :

« Le Parti recherche le pouvoir pour le pouvoir, exclusivement pour le pouvoir. Le bien des autres ne l’intéresse pas. Il ne recherche ni la richesse, ni le luxe, ni une longue vie, ni le bonheur. Il ne recherche que le pouvoir. Le pur pouvoir. Ce que signifie pouvoir pur, vous le comprendrez tout de suite. Nous différons de toutes les oligarchies du passé en ce que nous savons ce que nous voulons. Toutes les autres, mêmes celles qui nous ressemblent, étaient des poltronnes et des hypocrites.
Les nazis germains et les communistes russes se rapprochent beaucoup de nous par leur méthode, mais ils n’eurent jamais le courage de reconnaître leurs propres motifs. Ils prétendaient, peut-être même le croyaient-ils, ne s’être emparés du pouvoir qu’à contrecoeur, et seulement pour une durée limitée, et que, passé le point critique, il y aurait tout de suite un paradis où les hommes seraient libres et égaux.
Nous ne sommes pas ainsi. Nous savons que jamais personne ne s’empare du pouvoir avec l’intention d’y renoncer. Le pouvoir n’est pas un moyen, il est une fin. On n’établit pas une dictature pour sauvegarder une révolution. On fait une révolution pour établir une dictature. La persécution a pour objet la persécution. La torture a pour objet la torture. Le pouvoir a pour objet le pouvoir ».

George Orwell démontre bien que le régime Totalitaire Communiste extermine des « ennemis de classe », pas pour ce qu’il font, mais pour ce qu’ils SONT, ou ce qu’ils POURRAIENT potentiellement être ! Page 280 :

« Les pensées et actions qui, lorsqu’elles sont surprises, entraînent une mort certaine, ne sont pas formellement défendues et les éternelles épurations, les arrestations, tortures, emprisonnements et vaporisations ne sont pas infligés comme punitions pour des crimes réellement commis. Ce sont simplement des moyens d’anéantir des gens qui pourraient peut-être, à un moment quelconque, dévier ».

Même si à travers cette description des situations, on reconnaît forcément le régime Totalitaire Communiste, on peut bien sûr inter-changer ce régime par celui : Nazi d’Hitler.
Les méthodes TERRORISTES et CRIMINELLES DE MASSE engendrent les mêmes résultats monstrueux : l’extermination de DIZAINES de MILLIONS d’innocents.
SEULE, l’IDEOLOGIE change !

Durant toute la lecture de ce livre, encore une fois, d’une lucidité incroyable, je n’ai cessé de penser à la série télévisée : Le Prisonnier, diffusée en France à partir de 1968 avec Patrick McGoohan.
Le héros est donc fait prisonnier dans le « Village » qui est un véritable camp de concentration « décoré », d’où il tente de s’échapper à chaque épisode.
Son « nom » est « Numéro 6 », il feint de s’adapter au système consistant à manipuler l’individu et sa Pensée, en respectant les règles dictées par le « Big Brother » de la série : « Numéro 2 », pour mieux tenter de s’évader. Evidemment le « Village » est truffé de micros et de caméras qui espionnent tous les prisonniers en permanence.

Pour conclure ce trop long commentaire (j’en conviens aisément), voici la classique phrase qu’hurlait « Numéro 6 », à la fin de chaque épisode :

« JE NE SUIS PAS UN NUMERO, JE SUIS UN HOMME LIBRE ! ».

Confer également, l’autre tout aussi passionnant ouvrage sur le même thème, de George Orwell : « La Ferme des animaux ».

1984

3 commentaires sur “Mon commentaire du livre de George Orwell : « 1984 » :

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