Mon commentaire du livre de Hélène Carrère d’Encausse : « Lénine » :

Une étude passionnante et très approfondie de la vie du fondateur du Totalitarisme Communiste, par Madame Hélène Carrère d’Encausse, historienne, spécialiste de la Russie et de l’Union Soviétique et Membre de l’Académie Française.

Vladimir Ilitch Oulianov surnommé Lénine, naquit à Simbirsk le 10 avril 1870.
Contrairement à la légende qui perdure encore aujourd’hui, la famille Oulianov n’était ni pauvre, ni prolétaire. Sa famille vivait dans une grande maison avec des serviteurs. Son père, après avoir été professeur de mathématiques, fut nommé inspecteur des établissements d’enseignement public de la province de Simbirsk.
L’ironie de l’histoire fut que le père d’Alexandre Kerenski (futur responsable du Gouvernement Provisoire entre mars et octobre 1917, que Lénine renversa suite au coup d’État Bolchevique), Fédor Kerenski directeur du lycée de Simbirsk, dans lequel étudiait Lénine, lui facilita l’entrée à l’Université.

Le 1er mars 1887, le Révolutionnaire Alexandre Oulianov, le frère de Lénine, commit un attentat contre le Tsar Alexandre III. Alexandre Oulianov fut alors arrêté, condamné à mort puis pendu le 11 mai 1887.

Lénine encore adolescent, voulant prendre la relève de son défunt frère, se plongea alors dans les écrits de son mentor, Tchernychevski, puis dans ceux de Marx.
Dans les années 1893 – 1895, il rencontra sa future épouse, Nadejda Kroupskaïa, une Révolutionnaire comme lui.

Suite à ses activités militantes d’extrême gauche, Lénine fut arrêté le 9 décembre 1895 et emprisonné. Les conditions d’emprisonnement n’étaient pas trop pénibles, puisqu’il en profita pour lire et écrire. Puis en février 1897, il fut envoyé pour 3 ans en exil, en Sibérie. Ici, également les conditions d’exil sous le régime Tsariste n’avaient rien à voir avec les futurs camps de concentration et de travaux forcés, que Lénine allait mettre en place avec Trotski, pendant la Terreur Rouge Bolchevique entre 1918 et 1924.
En effet, en Sibérie Lénine s’adonna à ses activités favorites, telles que : la chasse, la pêche, de longues marches dans la nature, la lecture, l’écriture, jouer aux échecs, etc…

A Minsk en 1898, fut fondé le Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie (P.O.S.D.R.).
En 1900, Lénine créa son premier journal l’Iskra (l’Étincelle).
En 1902, en Angleterre, il fit la connaissance d’un certain Lev Davidovitch Bronstein surnommé Léon Trotski, qu’il embaucha pour écrire des articles dans son journal.
En 1902 toujours, Lénine publia son célèbre livre « Que faire », décrivant comment organiser la Révolution professionnellement, de manière violente par « la lutte armée pour assurer le triomphe du prolétariat » ; copiant ainsi exactement le titre du livre de Tchernychevski.

Lors de son 2ème Congrès en 1903, le P.O.S.D.R. se scinda en deux fractions, suite à des désaccords politiques entre Lénine et Martov. D’où la naissance du Parti Bolchevique (signifiant majoritaire et se nommant Communiste à partir de mars 1918) de Lénine, et le Parti Menchevique de Martov (signifiant minoritaire).

Lénine et Trotski devaient se séparer politiquement jusqu’en juillet 1917.

Le 9 janvier 1905, une manifestation massive mais pacifique se produisit en Russie. Or, celle-ci fut immédiatement réprimée dans une terrible violence, par les troupes du Pouvoir autocratique Tsariste de Nicolas II (descendant de la dynastie des Romanov depuis 300 ans), faisant plusieurs centaines de morts et de blessés. Cette journée fut désormais nommée le « Dimanche rouge ».
Cette tragédie traumatisa le Peuple Russe ; et Nicolas II comprit qu’il était urgent de mettre en place des réformes importantes dans le pays : sociales, économiques, structurelles et démocratiques.

En décembre 1905, lors d’une conférence Bolchevique, Lénine croisa pour la première fois, un jeune Révolutionnaire Géorgien, un certain Iossif Vissarionovitch Djougachvili, plus connu à l’époque sous le pseudonyme de Koba, et à partir de 1910, sous celui de…, Staline.
Après 1905, il devint de plus en plus difficile de financer le Parti Bolchevique. Car hormis des sources financières de fonds privés, la plus grande source de financement provenait des « expropriations ». L’un des principaux chefs de ces « expropriations » n’était autre que ce bandit de Staline. Ce dernier était missionné par Lénine pour effectuer ces « expropriations ». Il faut comprendre par ce terme énigmatique : des actes terroristes consistant à braquer des banques à l’aide d’armement et de bombes, pour s’accaparer des fonds. L’exemple le plus célèbre de Staline est celui du braquage de la Banque d’État de Tiflis en 1907.

Suite à l’analyse des échecs de : la Révolution et de la guerre Russo-Japonaise en 1905, Lénine se persuada qu’une guerre pouvait engendrer un contexte favorisant le déclenchement d’une Révolution. D’ailleurs, Lénine écrivit à Maxime Gorki en 1913, une lettre extraordinairement prémonitoire (page 215) :

« Une guerre entre la Russie et l’Autriche serait très bénéfique pour la révolution. Mais il y a peu de chances que François-Joseph et Nikki nous fassent ce plaisir ».

Et un an plus tard, le 28 juin 1914, l’Archiduc François-Ferdinand d’Autriche fut assassiné à Sarajevo, ce qui déclencha la Première Guerre Mondiale.

En 1914, lors d’une réunion de Bolcheviques à Berne, Lénine évoqua clairement cette volonté de transformation de guerre…, en Guerre Civile (page 220) :

« Cette guerre est celle de l’impérialisme. Du pillage. Ce n’est pas la paix qu’il nous faut réclamer. Cela, c’est un mot d’ordre de curés. Le slogan du prolétariat doit être la transformation de la guerre en guerre civile, pour détruire à jamais le capitalisme ! »

Fin 1916 et début 1917, la situation économique était désastreuse en Russie, et la guerre s’éternisait avec son macabre cortège d’innombrables morts et de blessés. Les grèves et manifestations se développèrent tout l’hiver, car non seulement la population ouvrière voyait son train de vie continuellement diminuer, mais ce phénomène touchait également les classes moyennes et les fonctionnaires. Nicolas II et son gouvernement n’avaient plus prises sur la politique du pays.
La Révolution débuta le 23 février 1917 à Petrograd (la Capitale) et ne dura que quelques jours, pour finir par le renversement du Pouvoir Tsariste. En effet, le 26 février, les troupes Tsaristes se joignirent à la foule de manifestants et se retournèrent contre leurs officiers. Le 3 mars 1917, Nicolas II dut abdiquer.
Un Gouvernement Provisoire fut immédiatement constitué.
Lénine alors en exil à Zurich, fut stupéfait lorsqu’il apprit la nouvelle et décida de rentrer immédiatement à Petrograd.
Mais le hic était que pour rentrer, il lui fallait traverser l’Allemagne toujours en guerre avec la Russie. Pourtant Lénine trouva non seulement un accord avec les Autorités Allemandes pour le laisser traverser l’Allemagne en train, mais en plus, les Allemands financèrent Lénine et le Parti Bolchevique, comme en atteste ce télégramme émanant du Ministère Allemand des Affaires Étrangères (page 254) :

« Sa Majesté impériale a décidé ce matin que les révolutionnaires russes seraient transportés à travers l’Allemagne et seraient pourvus de matériel de propagande pour pouvoir travailler en Russie. »

L’objectif des Autorités Allemandes était qu’en finançant Lénine pour publier de la propagande d’extrême gauche par l’intermédiaire du journal du Parti Bolchevique, la Pravda, cela permettrait de mettre la pagaille en Russie et aiderait ainsi l’Allemagne à gagner la guerre.

A peine arrivé à la gare, Lénine totalement exalté par la perspective de pouvoir enfin tenter de transformer la 1ère Guerre Mondiale en Guerre Civile Communiste Européenne, puis mondiale, exulta devant la foule venue l’accueillir ; mais qui suite au discours suivant, resta terrorisée (page 257) :

« Chers camarades, soldats, marins et ouvriers, je salue en vous la révolution russe victorieuse, l’avant-garde de l’armée prolétarienne mondiale. La guerre de rapine impérialiste est le commencement de la guerre civile dans toute l’Europe… L’aube de la révolution mondiale luit. D’un moment à l’autre, on peut s’attendre à l’écroulement de tout l’impérialisme. Vive la révolution socialiste mondiale ! »

Dans le même acabit, il publia alors ses fameuses « Thèses d’avril », extrêmement virulentes.
Dès le retour de Trotski en mai à Petrograd, Lénine fit tout, pour s’allier à lui. Mais leurs ego toujours aussi surdimensionnés et leurs ambitions personnelles, empêchèrent leur rapprochement jusqu’en juillet 1917.

Début juillet eut lieu la première tentative de Putsch. Il fut organisé par les Bolcheviques contre le Gouvernement Provisoire de Kerenski.
Trotski se rallia enfin à Lénine et ils furent liés indissociablement, jusqu’à la mort de Lénine en 1924 : dans leurs actes criminels et Terroristes de masse pour mettre en place le système Totalitaire Communiste réel.
Lénine n’ayant pas voulu donner d’instructions précises notamment à la troupe militaire des marins de Cronstadt, cela conduisit à l’échec de ce coup d’État. Kerenski donna l’ordre d’arrêter les organisateurs Bolcheviques. Lénine et Zinoviev fuirent en Finlande, et Trotski et Kamenev furent emprisonnés.

En août, le Général Kornilov se retourna contre Kerenski en le menaçant d’un putsch. Kerenski décida alors de relâcher les Bolcheviques dont Trotski et Kamenev, pour perturber la tentative de coup d’État de Kornilov. L’opération réussit parfaitement, mais Kerenski en sous estimant l’immense capacité de nuisance des Bolcheviques, ne se rendit pas compte qu’il avait fait une erreur incommensurable, en les relâchant.

Puis les évènements s’accélérèrent, car le 9 octobre fut créé le Comité Militaire Révolutionnaire (C.M.R.) permettant, grâce à cet organe militaire, de préparer le coup d’État.
Le 10 octobre, Lénine et Zinoviev rentrèrent clandestinement à Petrograd. Le jour même le Comité Central fut chargé d’un vote d’une importance considérable, à savoir : voter POUR ou CONTRE, le coup d’État. Seuls deux s’y opposèrent : Zinoviev et Kamenev.

Le 24 octobre, sous les ordres de Trotski, le Comité Militaire Révolutionnaire s’empara des points stratégiques de Petrograd : les centres de pouvoir, les gares, les ponts, les centrales téléphonique et télégraphique, ainsi que la Banque d’État. Bref, Petrograd était cernée par les Bolcheviques. Puis, l’assaut final fut donné le lendemain, le 25 octobre, contre le Palais d’Hiver, dans un calme étonnant puisque les Bolcheviques s’étaient déjà rendus maîtres de quasiment tout Petrograd. Les ministres du Gouvernement Provisoire furent arrêtés et emprisonnés à la prison de la forteresse Pierre-et-Paul, alors que Kerenski, lui, avait réussi à s’échapper quelques heures auparavant.

Le nouveau Gouvernement Bolchevique fut alors formé. Et ce fut Trotski qui en improvisa le nom : le Conseil des Commissaires du Peuple ou Sovnarkom. Lénine fut évidemment désigné Président ; Trotski, Commissaire du Peuple aux Affaires Étrangères ; Staline, Commissaire du Peuple aux Nationalités, etc..

Avant d’être renversé, le Gouvernement Provisoire de Kerenski avait prévu les élections pour le 12 novembre, en vue de la convocation de l’Assemblée Constituante. Lénine étant parfaitement conscient que les Bolcheviques seraient minoritaires à l’issu des résultats des élections, avait envisagé d’en modifier le corps électoral, voire de purement et simplement, les annuler. Mais finalement, il était trop tard, Lénine était dans l’impossibilité d’annuler des élections réclamées à cor et à cri par le Peuple, depuis le renversement du régime Tsariste, début mars 1917.
Le résultat du scrutin fut donc sans appel (pages 355 et 356) :

« Les socialistes-révolutionnaires attirèrent dix-sept millions d’électeurs, soit 40 % ; les bolcheviks, à peine dix millions, soit 24 % », etc..

Mais malgré les nombreuses tentatives de Lénine : de limitation de la liberté de la presse, d’intimidations, de campagnes de propagandes Bolcheviques à outrances et brutales, de menaces et d’arrestations de Députés pour éviter de devoir convoquer l’Assemblée Constituante, celle-ci s’ouvrit tout de même le 5 janvier 1918. Mais par précaution, Ouritski (chef de la Tcheka de Petrograd) déclara l’État de siège et fit déployer des troupes de Lettons et encercler le Palais de Tauride par les marins. Comme le résume parfaitement Hélène Carrère d’encausse : « Le dispositif qui doit neutraliser la Constituante est ainsi parfaitement organisé à la veille de sa réunion ».
Le dernier coup de bluff de Lénine fut d’essayer d’imposer, lors de l’Assemblée, le vote d’un programme intitulé : « Déclaration des droits du peuple travailleur et exploité ».
Mais ce programme fut bien évidemment rejeté par les Députés présents.
Lénine en rage, mais possédant tous les Pouvoirs et notamment l’Armée, fit dissoudre l’Assemblée Constituante par la force, dès le lendemain.
Pour la deuxième fois avec le coup d’État, Lénine utilisa la force contre les institutions à vocations Démocratiques.
Puis dans la foulée, il déclara cyniquement à Trotski (page 367) :

« La dissolution de la Constituante par le gouvernement des Soviets signifie la liquidation de l’idée de démocratie au bénéfice de la dictature. »

Cette déclaration ne peut pas être plus claire et mieux résumée, que de la bouche même de Lénine. Mais ce genre d’actes Terroristes et de déclarations anti-démocratiques ne pouvaient que provoquer…, une Guerre Civile.

Entre le 18 novembre 1917 et mars 1918, Trotski fut chargé par Lénine, en tant que Commissaire aux Affaires Étrangères, de négocier les conditions d’une paix séparée avec l’Allemagne ; afin d’avoir les mains libres pour organiser leur Guerre Civile contre leur PROPRE PEUPLE, par la « Dictature du prolétariat ».
Une paix « honteuse » fut donc signée à Brest-Litovsk le 3 mars 1918. Paix « honteuse » car elle coûta à la Russie d’immenses territoires, comme : la Pologne, la Finlande, les Pays Baltes et l’Ukraine devint indépendante. Une partie importante de la population ne faisait donc plus partie de la Russie. Cette dernière perdait donc également d’immenses ressources économiques.
Mais pour Lénine, peu importait, car il pensait que ce traité n’aurait jamais l’occasion d’être appliqué, puisqu’il envisageait déjà la Révolution Communiste Européenne, puis mondiale… C’est-à-dire : une guerre mondiale d’un autre genre : celui de la « Dictature du prolétariat » par le « lutte des classes » !

Maintenant que les Bolcheviques détenaient illégitimement le Pouvoir, ils leur fallaient pouvoir le conserver par…, tous les moyens. Pour cela, ils instituèrent dès le coup d’État, une Terreur de masse, qui fut officialisée par le décret de la Terreur Rouge Bolchevique du 5 septembre 1918.
Bien avant, le 7 décembre 1917, cette Terreur se matérialisa déjà par la création du premier grand organe de répression du Pouvoir Terroriste Bolchevique, à savoir la Police Politique nommée : Tcheka. Le chef était Félix Edmundovitch Dzerjinski, un Révolutionnaire Professionnel austère et sadique.
Dzerjinski avait toute latitude pour appliquer la Terreur, comme son patron Lénine, le déclarait (pages 387 et 388) :

« Comment peut-on faire une révolution sans fusiller ? » (…) « N’y a-t-il pas parmi nous un Fouquier-Tinville ? ».

Ce Fouquier-Tinville, il le trouva donc en la personne de Dzerjinski. Car en effet, tragiquement, à travers les centaines de Centres de la Tcheka répartis sur tout le territoire Russe, furent : interrogés, torturés et exécutés, des centaines de milliers de Russes innocents.

Le second organe destiné à répandre la Terreur de masse, fut l’Armée Rouge, dirigée par Trotski. Ce dernier ayant démissionné de son poste de Commissaire du Peuple aux Affaires Étrangères, fut « promu » par Lénine au poste de Commissaire du Peuple à la Guerre.
Début 1918, Trotski transforma la Garde Rouge en Armée Rouge, qu’il constitua rapidement avec un nombre pléthorique de soldats, afin de se préparer à la sanglante Guerre Civile.
Trotski, réputé pour son intransigeance Idéologique, n’hésita pourtant pas à recruter des milliers d’ex-officiers et sous-officiers Tsaristes, afin d’encadrer et de former son Armée Rouge. Comme quoi, confronté aux contraintes du terrain, l’Idéologue Terroriste est parfois capable de céder au pragmatisme…, lorsque cela l’arrange.

Le 16 juillet 1918, comme la Terreur était toujours appliquée TOTALEMENT par les Bolcheviques, TOUTE la famille impériale du dernier Tsar Nicolas II, fut exécutée : ses enfants, l’impératrice, les serviteurs et également tous les membres de la famille des Romanov furent traqués et exécutés.

Le 30 août 1918, Fania Efimovna Rotman dite également Dora Kaplan tenta d’assassiner Lénine en lui tirant dessus.

Puis, dans le cadre du Communisme de Guerre, il fut décrété le 11 juin 1918 la création de « l’institution officielle de la lutte des classes à la campagne : les « comités de pauvres » (kombedy) ». Le Communisme de Guerre consistait donc dans les réquisitions forcées des récoltes agricoles, par des détachements envoyés dans les campagnes contre les paysans et les « Koulaks » (petits propriétaires terriens), tirant à vue sur les paysans récalcitrants, uniquement pour faire des « exemples ». Il s’agissait encore d’une politique Terroriste engendrant un véritable Génocide de la société paysanne.
D’ailleurs le 11 août 1918, Lénine envoya un télégramme aux Communistes de la région de Penza confirmant l’obligation de « mater » les révoltes paysannes (pages 427 et 428) :

« L’intérêt de la révolution tout entière exige… que l’on fasse un exemple :
1) pendre (pendre sans hésiter, que tout le monde le voie) pas moins d’une centaine de gens connus comme koulaks ;
2) publier leurs noms ;
3) leur enlever TOUT leur blé ;
4) désigner des otages. »

Le 4 septembre 1918 fut instauré le décret sur les « otages » permettant d’envoyer en camps de concentration ou d’exécuter, les familles (enfants, femmes, vieillards) des paysans refusant de se laisser réquisitionner de force, leurs récoltes ; et également de nombreuses catégories sociales, telles que : « prêtres, gardes « blancs », koulaks, et autres éléments douteux », selon la formule de Lénine.
Entre 1918 et 1921, Trotski en plus d’être Commissaire du Peuple à la Guerre était en charge de la Commission pour l’approvisionnement dans le cadre du Communisme de Guerre, ayant donc un rôle prépondérant dans l' »étranglement » de la paysannerie (pages 540 et 541) :

« Mais, du pouvoir central, du commissariat aux Approvisionnements, les consignes données sont impitoyables : à la révolte paysanne il faut répliquer par des représailles, brûler des villages, fusiller les paysans rebelles, et surtout prendre en otages et exécuter des familles entières afin de dissuader les autres de résister. Violence contre violence : tels sont les ordres de Trotski qui, ayant été désavoué dans ses propositions de changement de politique, s’aligne sans broncher sur l’intransigeance de Lénine. »

En effet, les premiers camps de concentration furent ouverts courant 1918, aboutissant en juillet 1923 à la création du plus grand de ces camps : l’Archipel des îles Solovki.
Le 5 septembre 1918, la Terreur de masse fut officialisée par le décret sur la Terreur Rouge Bolchevique.

Une foultitude d’autres télégrammes du même acabit, à caractères Terroristes, furent envoyés dans toutes les régions de Russie.
En février 1919, Lénine décréta que toutes les terres étaient : propriété d’État, avec une utilisation collective du sol. Les paysans devaient alors rejoindre des communes (kolkhozes) ou des fermes d’État (sovkhozes). 5 000 fermes furent immédiatement ouvertes. Le commerce fut Nationalisé, l’économie fut soumise à la planification centralisée, et la monnaie…, supprimée.

Lénine avait décidé de s’attaquer à l’Ukraine de manière extrêmement violente, dans une surenchère de réquisitions des récoltes extorquées par la force ; l’Ukraine étant l’un des principaux greniers à grains de la Russie (page 501) :

« En Ukraine, il exige des livraisons de blé et télégraphie à Trotski, le 22 mai 1919, qu’il doit « arracher » le blé aux Ukrainiens et assurer la sécurité militaire russe ; que, pour cette tâche, « il faudrait envoyer un bataillon de tchékistes, plusieurs centaines de marins de la Baltique, un détachement d’ouvriers de Moscou ou d’Ivanovo-Voznessensk, et des propagandistes sérieux ».

Le Communisme de Guerre fut la principale cause de la gigantesque famine de 1920 – 1921, faisant 5 000 000 de morts, comme nous l’explique l’auteure (pages 561 et 562) :

« La sécheresse est loin d’expliquer tout. Les réquisitions forcées, les violences exercées dans les campagnes ont détruit le tissu rural, affamé les paysans, brisé leurs capacités de production. La famine est particulièrement visible dans certaines régions de moyenne et basse Volga, dans le nord du Caucase et une partie de l’Ukraine. Les statistiques disponibles montrent que quarante millions de personnes vivant dans trente-cinq régions ont été affamées et que 60 % des terres cultivées de Russie ont été endommagées. Cinq millions de morts, plusieurs millions d’enfants sans foyer, livrés à l’errance et à la délinquance : tel est le bilan. Il est certes celui de la sécheresse, mais, avant tout, le prix payé pour une politique qui a fait du paysan un ennemi taillable et corvéable à merci. Jamais dans le passé, où pourtant la Russie avait subi tant de calamités naturelles, une catastrophe humaine d’une si grande ampleur n’était advenue. La disette était telle qu’elle conduisit certains affamés à se repaître de cadavres, voire à tuer pour se nourrir. Le Politburo, informé, décréta que les cannibales ne pouvaient être punis selon les lois ordinaires, mais seraient « isolés » sans jugement. »

Pour Lénine, la séparation de l’Église et de l’État n’avait pas le même sens qu’en France. En effet, pour Lénine et les Communistes Soviétiques cela signifiait purement et simplement : l’anéantissement de l’Église. Lénine Profita de la famine pour déclarer une guerre ouverte à la religion. Voici comment il s’y prit à travers un document classé « très secret », daté du 19 mars 1922, adressé par Lénine à Molotov et destiné uniquement aux membres du Politburo (pages 566 et 567) :

« Pour nous, ce moment est celui où nous avons 99 % de chances de réussir à détruire l’ennemi (l’Église) et nous assurer d’une position indispensable pour les décennies à venir. C’est précisément maintenant, et seulement maintenant, quand, dans des régions affamées, les gens se nourrissent de chair humaine et (que) des centaines sinon des milliers de cadavres pourrissent sur les routes, que nous pouvons (et devons) réaliser la confiscation des trésors de l’Église avec l’énergie la plus sauvage et la plus impitoyable. Nous devons, quoi qu’il arrive, confisquer les biens de l’Église le plus rapidement et de manière décisive, pour nous assurer un fonds de plusieurs centaines de millions de roubles or. Sans ce fonds, aucun travail gouvernemental en général, aucun effort économique en particulier, aucune défense de notre position à la conférence de Gênes n’est concevable… ». Et pour y réussir, Lénine ordonne dans la même lettre des confiscations brutales et implacables, « sans s’arrêter devant rien », et « l’exécution du plus grand nombre possible de représentants du clergé réactionnaire et de la bourgeoisie réactionnaire (…). Plus grand sera le nombre des exécutions, mieux ce sera ». »

Le 11 mars 1922, Lénine envoya une note à Trotski, lui demandant où en était le « nettoyage » des églises, signifiant : de leur pillage.
Et tragiquement, le nombre d’exécutions de : prêtres, moines, moniales, s’éleva à environ 8 000 assassinats. De nombreux autres avec des évêques furent déportés en camps de concentration.

En janvier 1919 eut lieu le Génocide envers une part importante de la communauté des Cosaques. Ce Génocide est désormais nommé : la Décosaquisation.

En 1919, Lénine voulait développer la Révolution mondiale. Il missionna donc Radek (un responsable Bolchevique) pour se mettre en relation avec le Parti Communiste Allemand récemment constitué.
En janvier 1919, les Spartakistes (Communistes Allemands) dirigés par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht tentèrent un Putsch en Allemagne, qui échoua. Les deux dirigeants Allemands furent arrêtés et exécutés.
Pour mieux « exporter » la Révolution Mondiale, Lénine fonda donc en mars 1919 : la IIIème Internationale, nommée également Internationale Communiste ou Komintern.
Puis, une nouvelle tentative de coup d’État Communiste se produisit à Budapest menée par Bela Kun en mars 1919. Mais au bout de quelques mois ce fut encore un échec.
Ces échecs s’enchaînèrent en 1919 et 1920 : donc Bela Kun en Hongrie, en Allemagne, en Finlande, en Bavière et en Autriche.
En 1920, Lénine envoya l’Armée Rouge en Pologne pour une nouvelle tentative de « Communisation ». Le Général Toukhatchevski et Félix Dzerjinski furent chargés de cette mission. Mais le 18 mars ce fut une nouvelle défaite de l’Armée Rouge contre l’Armée Polonaise.
Lors du 2ème Congrès de l’Internationale Communiste à l’été 1920, afin d’encadrer plus précisément les conditions d’adhésion des États-membres, « 21 conditions » devinrent obligatoires.
En mars 1921, une autre tentative de Putsch Communiste échoua en Allemagne.

L’état de quasi famine dans les grandes villes de Russie en 1920 et 1921, déclencha en février 1921 des soulèvements d’ouvriers dans les usines. Zinoviev en tant que Président du Comité de défense de Petrograd tenta d’apaiser la crise. Mais les révoltes s’étendirent jusqu’à la base navale de Cronstadt. Et les marins se proclamèrent solidaires des ouvriers grévistes, contre le Pouvoir Communiste. Rappelons que les marins de Cronstadt avaient aidé les Bolcheviques en juillet 1917 à fomenter un Putsch qui avorta et participèrent activement au coup d’État du 25 octobre 1917.
Voici ce qu’ils réclamaient désormais (pages 544 et 545) :

« La Commune révolutionnaire instituée par les marins, qui vivra seize jours, prend la relève de l’agitation ouvrière et propose un programme qui prend le contre-pied du système politique en vigueur depuis 1918 : dissolution générale des soviets et élections libres au scrutin secret pour les remplacer ; liberté de la presse et de réunion pour les socialistes, les anarchistes et les syndicats ; liberté pour les paysans de disposer de leurs récoltes, suppression des détachements chargés des réquisitions à la campagne et interdiction des perquisitions ; liberté de travail pour les artisans qui n’emploient pas de personnel salarié ».

Après l’écrasement par l’Armée Rouge, des Armées Blanches et Vertes, la base navale de Cronstadt restait le dernier bastion militaire encore capable de renverser le Pouvoir Communiste.
Pour Lénine et Trotski, il était donc impératif d’écraser cette insurrection.
Le Général Toukhatchevski fut envoyé par Trotski pour réprimer ce soulèvement entre le 8 et le 18 mars 1921, aidé dans cette expédition criminelle de masse par l’aviation et l’artillerie.
Le bilan de ce massacre est terrifiant, il fit des milliers de morts dans les deux camps, ainsi que des milliers de prisonniers fusillés et des milliers d’autres encore déportés dans les camps de concentration, comme dans l’ignoble camp de Kholmogory.

Dans la foulée, Lénine mit en place PROVISOIREMENT la Nouvelle Politique Économique (N.E.P.), tout en maintenant le régime de la Terreur Rouge, puisque le système concentrationnaire Soviétique était alors en plein expansion, ce que décrit parfaitement Hélène Carrère d’Encausse (page 549) :

« Dzerjinski fait arrêter alors tous les mencheviks, anarchistes, socialistes-révolutionnaires employés par l’État dans les administrations ou des usines, tandis que Toukhatchevski, sitôt l’insurrection de Cronstadt écrasée, reçoit pour mission de liquider la rébellion paysanne de Tambov. Il le fait sans pitié, éliminant les paysans armés, mais aussi leurs familles, pourchassant les fuyards dans les forêts, usant des gaz asphyxiants pour venir à bout d’une population désespérée, expédiant enfin prisonniers et vaincus dans les camps qui ne cessent de se multiplier. Camps de concentration aux conditions d’existence inhumaines, où la mort est plus ou moins inéluctable, et gazage des populations : voilà les armes que le gouvernement de Lénine utilise contre tous ceux qui ne le suivent pas aveuglément, sans émettre la moindre protestation. Tel est l’arrière-plan de la NEP que le congrès va, au même moment, décider de lancer. »

La N.E.P. était un mélange de Libéralisme : sorte de retour au système Capitaliste ; et d’autoritarisme. Trotski détestait cette N.E.P., beaucoup trop « laxiste » pour son intransigeant corpus Idéologique composé de : la « Dictature du prolétariat », la « Lutte des classes », évidemment de son dogme sur la « Militarisation du Travail », etc..
De toute manière cette N.E.P. ne pouvait être qu’un retour en arrière provisoire, pour mieux, quelques années plus tard, propulser l’Idéologie Marxiste-Léniniste Totalitaire Communiste…, à l’échelle mondiale.

En avril 1922, Lénine nomma Staline : Secrétaire Général du Parti Communiste.
Le 30 décembre 1922, ce fut la création de l’U.R.S.S. : l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Le système Totalitaire Communiste était désormais formé. Il ne restait plus, à Staline, qu’à continuer (après la France, l’Allemagne, la Chine, etc.) d’essaimer des Partis Communistes à travers le monde, dans l' »espoir » de provoquer des coups d’État à répétitions, afin de répandre le Totalitarisme Communiste sur la planète…

Lénine mourut le 21 janvier 1924…

En conclusion :

Que rajouter à tant d’horreurs ? Pas grand-chose !
Si ce n’est une seule grande question qui me taraude en lisant la vie de Lénine :
Comment un individu qui a mis à exécution ses monstrueuses promesses consistant : à déporter en camps de concentration et/ou à exterminer des catégories ou « classes » sociales d’êtres humains, ait pu et puisse encore passer aujourd’hui auprès de tant de gens, pour l’un des plus grands mythes « humanistes » et « démocratiques » du 20ème siècle, plutôt que pour ce qu’il fut réellement…, un MONSTRE ?

Confer également les passionnants ouvrages de:
– David Shub Lenine ;
– Sergueï Melgounov La terreur rouge: en Russie (1918-1924) / traduit du Russe par M. Wilfrid Lerat.

LENINE

Un commentaire sur “Mon commentaire du livre de Hélène Carrère d’Encausse : « Lénine » :

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