Mon commentaire du livre de Ivan Bounine : « Jours Maudits » :

Ivan Bounine était un poète et romancier Russe né en 1870 à Voronèj et décédé à Paris en 1953.
Avec cet ouvrage, il s’agit de l’un des rares témoignages directs de l’effroyable période Léniniste. En effet, son récit se situe, plus précisément, entre janvier 1918 et juin 1919. Il s’enfuit de Russie, et plus exactement d’Odessa en janvier 1920, pour se réfugier en France.
Ce témoignage exceptionnel se présente donc sous la forme de notes prises sur le vif, au jour le jour ; et l’auteur nous fait part de ce qu’il a vécu, vu, observé, entendu et lu en Russie durant cette période de chaos indescriptible sous la Terreur Rouge Communiste, consécutivement au coup d’État Bolchevique (Communiste) du 25 Octobre 1917 à Petrograd.
Ce n’est qu’en 1988 que son témoignage fut publié en France ; mais à cette époque, son ouvrage n’était toujours pas édité en Russie…Ivan Bounine nous décrit donc une foultitude d’actes de discrimination divers et variés, absurdes, plus délirants les uns que les autres : notamment la discrimination de « classe » conduisant le Pouvoir Bolchevique à accomplir massivement d’ignobles actes criminels de torture, de barbarie, dégradants et déshumanisants à l’encontre des victimes… !
Les deux principaux organes de répression du régime Totalitaire Bolchevique, étaient : l’Armée Rouge commandée par l’infâme Léon Trotski ; et la Police Politique, la Tcheka (nommée par Ivan Bounine Tchrezvytchaïka) dirigée par le sadique Félix Dzerjinski.
Voici donc quelques exemples de l’application de cette Terreur de masse servant à imposer, par la force, l’Idéologie Totalitaire Communiste (page 15) :
* 6 février 1918 à Moscou.
« Dans le Rousskoïé Slovo (La Parole Russe) :
« Les moujiks du village de Pokrovskoïé de la région de Tambov ont rédigé un procès-verbal :
 » Le 30 janvier, nous, société, avons poursuivi deux pillards, nos concitoyens Nikita Alexandrovitch Boulkine et Andriane Alexandrovitch Koudinov. Par accord de notre société, ils ont été poursuivis et tués sur-le-champ ».
Ici même cette « société » a élaboré un code pénal original :
– Si quelqu’un frappe quelqu’un, alors la victime devra frapper l’offenseur dix fois.
– Si quelqu’un frappe quelqu’un en occasionnant blessure ou cassure, alors il faut ôter la vie à l’offenseur.
– Si quelqu’un vole ou accepte de cacher des choses volées, alors il faut le priver de la vie.
– Si quelqu’un met le feu à quelque chose et est démasqué, alors il sera privé de la vie.
Peu de temps après ils ont pris deux voleurs en flagrant délit. Ils les ont « jugés » immédiatement et condamnés à la peine capitale. D’abord ils ont tué le premier : ils lui ont cassé la tête avec un peson, lui ont enfoncé des fourches dans le côté et, après l’avoir déshabillé, l’ont jeté mort sur la chaussée. Ensuite, ils se sont attaqués à l’autre…
On lit maintenant tous les jours des choses de ce genre. »
* 8 février 1918 à Moscou (page 18) :
« D. est arrivé. Il s’est enfui de Simféropol. Il dit que là-bas c’est une « terreur indescriptible », les soldats et les ouvriers « pataugent jusqu’aux genoux dans le sang ». On a brûlé vif un vieux colonel dans la chaudière d’une locomotive. »
* 19 février 1918 à Moscou (pages 28 et 29) :
« Lu une « résolution adoptée par l’équipage du navire de ligne Svobodnaïa Rossaïa (La Russie Libre), et qu’on vient d’amener de Sébastopol. Un chef-d’œuvre tout à fait remarquable :
« À tous, à tous, et à ceux des alentours de Sébastopol qui tirent à tort et à travers !
Camarades, si vous continuez ainsi, un malheur vous arrivera, il n’y aura bientôt plus de quoi tirer même au but, vous allez tout dépenser et vous serez Gros-Jean comme devant et alors on vous prendra, mes chéris, même les mains vides.
Camarades, la bourgeoisie avale même ceux qui sont dans leurs cercueils et dans leurs tombes. Vous, traîtres, tireurs, en gaspillant vos cartouches, vous l’aidez à avaler les autres. Nous appelons tous les camarades à se ranger à notre avis et à interdire de tirer à tous ceux qui ont une tête de mule.
Camarades, faisons à partir d’aujourd’hui en sorte que chaque coup de feu nous dise : ça fait un bourgeois, un socialiste de moins ! Chaque balle que nous lâchons doit atteindre une grosse panse et non pas faire mousser l’eau de la baie.
Camarades, prenez soin des cartouches plus que de la prunelle de vos yeux. On peut encore vivre avec un seul œil, mais on ne peut pas vivre sans cartouches.
Si vous recommencez à tirer vers la ville et la baie à un prochain enterrement, sachez que vous, fusilleurs marins du navire de ligne Svobodnaïa Rossaïa, nous tirerons une bonne fois et, alors, si vous avez vos tympans et vos vitres qui éclatent, ne venez pas nous le reprocher.
Donc, camarades, il n’y aura plus à Sébastopol de tirs insensés et inutiles, il y aura un tir, mais pratique, sur la contre-révolution et la bourgeoisie et non dans l’eau ou dans l’air, sans lesquels personne ne peut vivre même une minute ! ». »
* 24 février 1918 à Moscou (pages 34 et 35) :
« La Vlast Naroda téléphone au service des communications :
Donnez-moi le 60-42. On leur donne la communication et la Vlast Naroda entend, d’une façon inattendue, une conversation entre quelqu’un et le Kremlin :
– J’ai quinze officiers et un adjudant de Kalédine.
Qu’en fait-on ?
– Fusillez-les immédiatement. »
* 1er mars 1918 à Moscou (pages 37 et 38) :
« D. a ajouté : « Les bolcheviks se livrent à Rostov à des atrocités terribles. Ils ont profané la tombe de Kalédine et ont fusillé six cents sœurs de charité… ». Même si ce n’est pas six cents, ils en ont probablement fusillé pas mal.
(…) Le cuisinier du Iar (un restaurant alors célèbre à Moscou) m’a dit qu’on lui a pris tout ce qu’il avait gagné en travaillant dur pendant trente ans devant un poêle, dans une chaleur de 90 degrés. « Et Orlov-Davydov, a-t-il ajouté, avait envoyé à ses moujiks un télégramme, je l’ai lu moi-même : « Brûlez la maison, égorgez le bétail, coupez la forêt, mais laissez un bouleau, pour les verges, et un sapin, pour qu’il y ait à quoi vous pendre ! ». »
Dans le déroulement de sa prise de notes, Ivan Bounine nous livre également une très intéressante discussion concernant la stratégie Internationaliste de Terreur de masse organisée par Lénine et Trotski (pages 46 et 47) :
* 13 mars 1918 à Moscou :
« Rentré avec Tikhonov. Chemin faisant, il a beaucoup parlé des chefs bolcheviks, comme quelqu’un qui leur est très proche : Lénine et Trotski ont décidé d’entretenir la tension en Russie et de ne pas mettre fin à la terreur, ni à la guerre civile, aussi longtemps que le prolétariat européen n’entrerait pas en scène. Leur appartenance à l’état-major allemand ? Non, c’est là une absurdité ; ce sont des fanatiques, ils croient en un embrasement mondial. Ils ont une peur bleue de tout, ils voient partout des complots. Ils tremblent jusqu’à maintenant et pour leur pouvoir et pour leur vie. Ils ne s’attendaient en aucune façon (je le répète) à leur victoire en octobre. Après la chute de Moscou, ils sont tombés dans un terrible désarroi, ont accouru à la rédaction de la Novaïa Jyzn, nous ont suppliés d’être ministres, nous ont proposé des portefeuilles. »
Puis, Ivan Bounine nous confie son profond désespoir dans cette Russie mise à feu et à sang par le régime Totalitaire Lénino-Trotskiste (page 53) :
* 12 avril 1919 à Odessa :
« Ah, ces rêves de mort ! Quelle place énorme, en général, la mort n’occupe-t-elle pas dans notre existence déjà si infime ! Sans parler même de ces années : nous vivons jour et nuit une orgie de mort. Et tout cela au nom de l' »avenir radieux », qui devrait naître de ces ténèbres diaboliques. Et sur la terre s’est déjà constituée toute une légion de spécialistes, d’entrepreneurs de l’édification du bien-être humain. « Et cet avenir, en quelle année arrivera-t-il donc ? », comme le demande le carillonneur d’Ibsen. On dit toujours que c’est pour très bientôt : « C’est la lutte finale ! » – Éternel conte rouge. »
Ivan Bounine résume à nouveau parfaitement bien l’implacable détermination Totalitaire des dirigeants Bolcheviques, à commencer par le bras droit de Lénine, Trotski (page 93) :
* 24 avril 1919 à Odessa :
« Un article de Trotski sur la « nécessité d’achever Koltchak ». Bien sûr, c’est la première nécessité, et non seulement pour Trotski, mais pour tous ceux qui pour faire mourir le « passé maudit » sont prêts à faire mourir jusqu’à la moitié du peuple russe. »
L’auteur nous décrit alors les effroyables méthodes meurtrières de la Police Politique, la Tchéka (Tchrezvytchaïka), (page 96) :
* 24 avril 1919 à Odessa :
« En général, maintenant, ce qui fait peur, ce qui est le plus horrible, le plus ignominieux, ce ne sont même pas les horreurs et les ignominies en elles-mêmes, mais qu’il faille expliquer qu’elles en sont, disputer si elles sont bonnes ou mauvaises. N’est-ce pas l’horreur extrême que je doive prouver, par exemple, qu’il vaut mieux mille fois crever de faim, que d’apprendre à ce porc iambes et chorées, pour qu’il puisse chanter comment ses camarades pillent, violent, matraquent, souillent les églises, découpent en lanières le dos des officiers blancs et marient des prêtres avec des juments !
À propos de la Tchrezvytchaïka d’Odessa. Là, ils ont maintenant une nouvelle méthode pour fusiller les gens : sur le siège des W.C.. »
Également (page 166, 169 et 170) :
« On dit que les marins qu’on nous a envoyés de Pétrograd, sont devenus complètement forcenés d’ivrognerie, de cocaïne et de licence. À la Tchrezvytchaïka, ils font irruption, ivres, chez les détenus et, sans ordre des chefs, tuent qui bon leur semble. Il n’y a pas longtemps, ils se sont précipités pour tuer une femme avec son enfant. Elle les implorait de l’épargner pour l’enfant, mais les matelots lui ont crié : « T’en fais pas, on va lui envoyer un pruneau à lui aussi ! » Et ils l’ont tué. Pour s’amuser, ils font sortir les prisonniers dans la cour et tirent sur eux en faisant exprès de les rater. »
11 juin 1919 à Odessa :
« (…) L’anthropologie légale distingue les criminels accidentels, ceux qui commettent un crime par hasard, « gens dénués d’instincts criminels ». Mais, selon elle, les criminels « instinctifs » sont tout à fait autre chose. Ils sont toujours comme des enfants, comme des animaux, et leur signe essentiel, leur trait fondamental est la soif de destruction, une nature asociale.
(…) En temps de paix nous oublions que le monde regorge de ces dégénérés, en temps de paix ils sont en prison, aux petites maisons. Mais voici qu’arrive le temps où le « peuple souverain » triomphe. Les portes des prisons et des petites maisons s’ouvrent, les archives de police sont incendiées : la bacchanale commence. La bacchanale russe a dépassé toutes les précédentes et a considérablement étonné et chagriné même ceux qui depuis plusieurs années appelaient à aller au Rocher de Stiopka [(note n°61/48, page 121 : Stepan Razine, chef cosaque (1630-1671). Il prit la tête de la révolte de 1667-1670, qui dégénéra en guerre paysanne. Il s’empara de plusieurs villes sur la Volga et acquit une immense popularité. Battu à Simbirsk, alors qu’il menaçait Moscou, il fut livré par l’aristocratie cosaque. Plusieurs, chansons populaires, comme celle citée par Bounine, évoquent son souvenir)] écouter « ce que pensait Stepan ». Bizarre étonnement ! Stepan ne pouvait pas penser au social, Stepan était un criminel « né », justement de cette race scélérate à laquelle, en effet, on va livrer, peut-être, un nouveau long combat. »
En plus de la cible « bourgeoise », les Bolcheviques ratissaient extrêmement large pour exterminer leurs victimes, comme les nombreux pogroms antisémites (page 113 et 114) :
2 mai 1919 à Odessa :
« Pogrom à Bolchoï Fontan, commis par les gardes rouges d’Odessa.
Ovsianiko-Koulikovski et l’écrivain Kipen sont passés chez nous. Ils nous ont rapporté les détails. À Bolchoï Fontan 14 commissaires et 30 juifs tués. Beaucoup de boutiques pillées. Ils faisaient irruption la nuit, arrachaient les gens de leurs lits et les tuaient tous sans distinction. Les gens s’enfuyaient dans la steppe, se jetaient à la mer, ils les poursuivaient et leur tiraient dessus : une vraie chasse. Kipen y a échappé par hasard, il dormait, par bonheur, non chez lui, mais au sanatorium de la Fleur Blanche. À l’aube, une troupe de gardes rouges est survenue : « Il y a des youpins ici ? » ont-ils demandé au gardien. « Non, y en a pas ici. » – « Jure-le ! » Le gardien a juré et les gardes rouges ont continué leur chemin.
Ils ont tué Moisseï Houtman, le roulier qui, l’automne dernier, nous avait déménagés de la datcha en ville, un homme très gentil. »
Étant donné qu’au sein d’un État Totalitaire, comme l’État Soviétique, la Police Politique (Tchéka) instaurée par Lénine lui-même, était chargée de perquisitionner n’importe qui, dans n’importe quels appartements ou maisons et à n’importe quel moment ; tout le monde devait se méfier de tout le monde. On retrouvera ce type de persécution collective sous tous les régimes Totalitaires Communistes de la planète ; sorte de gigantesque paranoïa généralisée par la Terreur de masse, à l’échelle de tout un Peuple. Chacun devait faire attention à ce qu’il disait et écrivait, même auprès des membres de sa propre famille, sous peine de risquer d’être dénoncé à tout instant (pages 132 et 133) :
* Nuit du 15 mai 1919 à Odessa :
« J’ai révisé mon « portefeuille » et j’ai déchiré pas mal de poésies, quatre récits commencés cette année, mais maintenant je le regrette. Tout cela vient du chagrin, du désespoir (bien qu’auparavant cela me soit aussi arrivé plus d’une fois). J’ai caché différentes notes des années 17 et 18.
Ah, cacher et recacher, la nuit, comme un voleur, des papiers, de l’argent ! Toutes ces années, des millions de Russes sont passés par cette déchéance, cette humiliation. Et combien de cachettes ne trouvera-t-on pas plus tard !
Et toute notre époque deviendra un conte, une légende… »Ce précieux témoignage de Ivan Bounine décrit parfaitement bien l’effroyable ambiance de Terreur généralisée qui régnait après le coup d’État Bolchevique du 25 octobre 1917 à Petrograd, et ce, dans toute la Russie ; sous le Pouvoir Totalitaire Communiste instauré par Lénine, Trotski et consorts criminels de masse.
JOURS MAUDITS

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