Mon commentaire du livre de Zara Mourtazalieva : « Huit ans et demi : une femme dans les camps de Poutine » :

L’historienne Galia Ackerman s’est proposée de traduire et de publier dans sa Collection d’Édition « Les Moutons Noirs », ce précieux témoignage de Zara Mourtazalieva. En effet, Zara Mourtazalieva a passé huit ans et demi de sa vie dans les prisons et les camps des colonies pénitentiaires de Russie, entre le 4 mars 2004 et le 3 septembre 2012.
Zara Mourtazalieva, Tchétchène d’origine et musulmane est née le 4 septembre 1983. Elle est arrivée à Moscou en septembre 2003, en provenance du Caucase et a trouvé un emploi dans une compagnie d’assurance.
Après avoir été privée de liberté entre l’âge de 20 et 29 ans, alors qu’elle était totalement innocente, Zara Mourtazalieva a obtenu l’asile politique en France en septembre 2012.

Les colonies pénitentiaires d’aujourd’hui, dans la Russie de Poutine, constituent toujours les sinistres vestiges persistants du Goulag Soviétique, tant les terribles conditions de détention et de répression sont proches de celles du régime Totalitaire Communiste de : Lénine à Gorbatchev.
On compte encore de nos jours 758 colonies actives en Russie comprenant 735 000 prisonniers, dont certains sont assujettis à des travaux forcés extrêmement durs.
Le réseau des colonies est complété par 389 prisons qui contiennent encore 147 000 personnes. Et ce n’est pas tout ! Car il existe également 62 « colonies éducatives » destinées aux mineurs, incorporant 7 500 à 8 000 adolescents.
Comme à l’époque de l’Union Soviétique, sont enfermés dans ces prisons et colonies pénitentiaires, non seulement des criminels de droit commun, mais également des « indésirables ». Ces « indésirables » qui étaient autrefois considérés par le régime Soviétique, comme : des « politiques », des « ennemis de classe », des « ennemis du peuple », des « contre-révolutionnaires », des « éléments socialement dangereux », etc., sont aujourd’hui principalement (en plus des militants des droits de l’homme et des mouvements politiques radicaux), regroupés sous deux grandes catégories distinctes, comme nous le décrit précisément Galia Ackerman (pages 8 et 9) :
« Le premier groupe est constitué des victimes de raids : c’est ainsi qu’on désigne l’opération qui consiste à extorquer une entreprise à son propriétaire, avec la complicité de fonctionnaires de la police, du parquet et du fisc, ainsi que des juges véreux. Si la victime est « consentante », elle sera payée une fraction du prix réel de son affaire mais n’ira pas en prison. Si elle ne l’est pas et essaie de se battre, une condamnation pénale représente un moyen sûr de s’en débarrasser durablement. Selon certaines estimations, près d’un tiers des condamnés pour crimes économiques sont innocents des crimes qu’on leur impute. Il s’agirait de quelque 90 000 personnes !
Le deuxième groupe est constitué d' »islamistes » qu’on isole le plus souvent de façon préventive sous prétexte qu’ils seraient des « terroristes potentiels ». Actuellement, entre 20 000 et 40 000 Tchétchènes sont détenus dans les prisons et colonies russes. Il y a parmi eux des combattants indépendantistes, et aussi des gens qui n’ont jamais combattu mais ont le « profil » : l’un de leurs proches a été tué, ce qui constitue un motif de vengeance présumée : ils fréquentent une mosquée dite « wahhabite » ; ils ont des connaissances suspectes, etc. Bien entendu, il convient d’ajouter à ce chiffre des milliers d’autres musulmans, Tatars ou Bachkirs, Daguestanais ou Ingouches, qui ont attiré l’attention du FSB et ont souvent été condamnés sur la base d’accusations fabriquées.
Dans les colonies, c’est ce dernier groupe, les « terroristes », qui souffre le plus : ces détenus sont régulièrement envoyés au cachot, battus, humiliés, privés de leurs droits les plus élémentaires. Et ils écopent souvent de vingt à vingt-cinq ans de camp, même si l’unique preuve de leur culpabilité est leur propre aveu, obtenu sous la torture. »
Suite à un machiavélique complot, Zara Mourtazalieva est donc arrêtée le 4 mars 2004 en vertu de l’article 205 du Code pénal Russe, pour terrorisme.
C’est alors que commence l’enfer pour Zara Mourtazalieva. Elle est emmenée dans un poste de police et subit une fouille corporelle intégrale. Elle est interrogée, humiliée, insultée et violentée par tabassage. Qui plus est, comme dans la grande tradition Soviétique, et plus particulièrement lors des effroyables périodes des « Procès de Moscou » en 1936 puis de la « Grande Terreur » en 1937-1938, les policiers tentent de lui faire signer de faux aveux. Mais Zara Mourtazalieva se sachant totalement innocente de ces fausses accusations proférées à son encontre, refuse de les signer.
La descente aux enfers s’accélère encore, et elle se retrouve donc arbitrairement incarcérée en prison…
En prison, Zara Mourtazalieva doit se méfier de certaines détenues, car elle découvre que plusieurs d’entre elles sont chargées, par l’administration, d’effectuer de la délation. Elle est ensuite, et à plusieurs reprises, torturée, essentiellement lors de passages à tabac.
Mais ce n’est encore que le début d’un long calvaire qui va durer plus de huit ans dans les camps des colonies pénitentiaires de Russie.
En effet, Zara Mourtazalieva nous décrit précisément et avec moult exemples et détails, l’incroyable dureté de l’existence dans les camps, végétant ainsi quasiment dans un état de survie permanent. Car dans les prisons et les camps, c’est le règne de la déshumanisation totale.
Écœurée de subir, elle, et ses co-détenues, ces terribles conditions de détention, et s’adressant à ses persécuteurs, Zara Mourtazalieva nous livre alors sa pensée profonde (pages 149 et 150) :
« Vous qui êtes des personnes intelligentes et cultivées, vous rappelez-vous de nous ? Vous qui nous avez traquées jusqu’à nous envoyer dans les camps, ces lieux où les détenues sont frappées, violées, brisées, tuées. Vous qui nous avez expulsées de la société. Vous qui avez œuvré pour élaborer des théories sur la criminalité et pour durcir telle ou telle peine. Vous qui agitez la question de la peine de mort que tant d’entre vous auraient aimé nous appliquer. Ne vous suffit-il pas de nous avoir jetées dans les ténèbres ? Ne vous suffit-il pas que nous ayons oublié la différence entre le blanc et le noir, entre le bien et le mal ? Vous faut-il encore notre sang ? »
« Vous tous, juges, procureurs, témoins, contrôleurs, directeurs de prison, vous qui vous taisiez lorsque Staline condamnait à la mort et au bagne des millions de personnes ! Aujourd’hui, l’histoire se répète et vous obéissez toujours aux ordres du pouvoir, dans le même silence. Sachez que les camps naissent de la société même dans laquelle vous vivez. Vous les engendrez, puis vous nous y repoussez avec dégoût. En effet, nous ne prétendons plus être intelligentes, belles, riches et heureuses. Nous sommes le revers de la médaille, une face sombre qu’il n’est pas agréable de voir et qui ne mérite pas votre attention. Nous sommes aussi indigentes que des mendiants sur le parvis. Nous exprimons l’essence de la société contemporaine, même si vous pouffez avec mépris quand vous parlez de nous. Vous discutez afin de savoir si vous avez bien ajusté notre peine, mais essayez de vivre ici – rien qu’une semaine – et vous verrez votre opinion changer. Ici, les masques sont jetés à bas et le roi est nu. »
Mon esprit bouillonne. Mais mieux vaut s’indigner que tomber dans l’indifférence. »
Comme à l’époque du Goulag, le travail forcé est toujours d’actualité dans les colonies pénitentiaires de Russie ; et notamment dans des contrées aussi superbes qu’inhospitalières, et où la température descend facilement jusqu’à -40° en hiver. C’est le cas du camp de la Mordovie, dans lequel Zara Mourtazalieva a passé la plus grande partie de sa détention. Vêtue (comme les autres détenues), seulement de vieilles hardes et de chaussures insuffisamment chaudes, le froid rend le travail encore plus pénible, engendrant des gelures, des cloques, etc..
Comme au Goulag encore, les détenus (hommes et femmes) ont des quotas de productivité à atteindre.
On retrouve également le même type de procédures, terminologies, sanctions et sévisses physiques et psychologiques qui existaient à l’époque du Goulag. Il existe par exemple toujours l’insupportable torture du « décanteur » consistant à enfermer durant d’interminables heures, après avoir été battus, les zek (prisonniers) dans des sortes de petites cages où il fait aussi froid qu’à l’extérieur. Certaines ou certains prisonniers ne survivent pas à cet infâme traitement de choc !
Même les tristement célèbres « wagons Stolypine » qui servaient sous l’ère Soviétique à déporter en masse des prisonniers, voire des populations entières, dans d’effroyables conditions en direction des camps de concentration du Goulag, sont toujours en activité en Russie.

Conclusion :
Il semble qu’aujourd’hui encore, au XXIème siècle, il n’y ait que peu de différences entre les prisons et colonies pénitentiaires Russes et l’ex-Goulag Soviétique. Il s’agit en fait d’une continuité entre le système carcéral des prisons et camps de concentration du Goulag, et les prisons et camps des colonies pénitentiaires actuels. C’est ce que démontre très clairement cet émouvant témoignage de Zara Mourtazalieva.

Un peu plus de vingt ans après l’effondrement de l’ère Totalitaire Communiste Soviétique (l’U.R.S.S.), en 1991, ce tout récent témoignage de Zara Mourtazalieva montre que les méthodes de répression n’ont guère changées depuis cette horrible et interminable (74 années) période, en Russie…

L’enfermement arbitraire de Zara Mourtazalieva par la « Justice » Russe, lui a gâché les plus belles années de sa jeunesse. Et pourtant on sent que, malgré son terrible parcours, elle a voulu et su conserver toute son Humanité, avec juste en plus, sa terrible expérience de la vie.
Cette leçon de courage vient donc s’ajouter aux nombreux autres et édifiants témoignages et récits, comme ceux de : Evguénia S. Guinzbourg, Margarete Buber-Neumann, Barbara Skarga, Alexandre Soljénitsyne, Varlam Chalamov, Jacques Rossi, Aron Gabor, Lev Razgon, Gustaw Herling, Joseph Czapski, et bien d’autres encore, sur la monstruosité du Goulag d’hier, mais aussi…, d’aujourd’hui !

HUIT ANS ET DEMI

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